Être vigilant à ce qui se passe en nous

Être vigilant à ce qui se passe en nous

Je vais vous reparler de l’exercice de l’attention à soi. Si vous me trouvez redondant j’arrête. Mais c’est important je vous assure. Pourquoi ? Parce que c’est l’exercice fondamental du stoïcisme comme le dit Pierre Hadot. C’est à partir de là que démarre le changement vers plus de sérénité, d’indépendance, de contrôle de soi.

Vous êtes tranquillement en train de travailler pour rendre un projet avant la fin de la journée, quand vous ressentez soudain votre gorge se nouer. Vous avez peur, et vous commencez alors à vous demander si vous allez pouvoir finir, si vous êtes assez compétent pour finir, si on ne va pas faire un mauvais commentaire sur vous au bureau si vous ne finissez pas, si on ne va pas vous renvoyer… Votre esprit a commencé à inventer plein de scénarios imaginaires, et vous vous demandez comment vous allez vous en sortir dans chacun des scénarios, ce que vous allez répondre si vous ne finissez pas le boulot, ce que vous allez faire si on vous renvoie, si vous allez pouvoir trouver un nouveau boulot, si votre femme ne sera pas en colère, si vos enfants ne vous admireront plus, si vos parents vont encore trouver une occasion d’être déçus alors que vous avez presque 40 ans. Vous allez loin dans l’analyse de pourquoi vous en êtes arrivés là. Peut-être vous auriez dû choisir une autre carrière, ou être plus assidus à l’école, ou changer de parents avant de venir au monde.

Vous êtes partis tellement loin que vous n’êtes plus concentrés sur ce que vous faites, et vous prenez encore plus de retard, ce qui vous fait encore plus peur et vous vous demandez quel est le sens de la vie et le but de l’existence.

Heureusement, vous arrivez à rendre le projet avant la fin de la journée, et toute la pression retombe. Mais vous avez laissé votre esprit dériver dans des scénarios imaginaires qui vous n’ont pas juste été inutiles mais même nuisibles à votre état émotionnel et votre efficacité au travail. Sénèque avait raison quand il disait dans la lettre 13 à Lucilius qu’on souffre plus par l’imagination que par la réalité.

L’exercice de l’attention à soi aurait été bien utile dans cette situation. Quand la peur commence à nous prendre, il est possible de nous dire : « Tiens ! Je suis en train de ressentir de la peur. J’ai peur de ne pas pouvoir finir mon projet et le rendre à temps. Est-ce que les scénarios imaginaires que je suis en train de m’inventer vont m’aider à quelque chose ? Certainement pas, même l’inverse, ils vont me retarder. Qu’est-ce que je peux faire tout de suite et qui dépend de moi ? Faire de mon mieux pour avancer le plus vite possible sur le projet, ou même demander de l’aide si je le peux. Si je ne le peux pas, alors je dois avancer autant que possible et me concentrer sur cette tâche. La peur et les imaginations ne pourront pas m’aider sur cette affaire. » Et là vous reprenez le travail pour avancer sur votre tâche. Dès que la peur revient, nous nous en rendons compte car l’attention à soi est une vigilance permanente à ce qui se passe en nous.

C’est possible d’utiliser l’exercice de l’attention à soi avec d’autres émotions comme la colère ou la tristesse. Dès que nous remarquons ces émotions en nous, nous nous arrêtons et nous nous demandons pourquoi elles sont là et si elles sont vraiment utiles à garder. Souvent, ce n’est pas le cas, et elles nous font beaucoup de mal.

La compétence principale ici est de savoir faire attention à soi pour rediriger son attention vers ce qui importe et ne pas se laisser consumer par ce qui nous fait du mal. C’est un exercice, donc qui se pratique et nous devenons de plus en plus meilleur à nous rendre compte des émotions qui nous traversent. Au départ, nous continuons à être aspirés par notre imagination et nos émotions négatives, puis au fur et à mesure que nous pratiquons cette vigilance à soi, nous devenons de plus en plus maître de nos pensées et capables de nous rendre compte de ce qui nous passe en nous.

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