La méditation sur la mort est une méditation sur la vie

La méditation sur la mort est une méditation sur la vie

Nous sommes mortels. Nous oublions ce détail.

Pourquoi est-ce que nous sommes oublieux de ce qui change toute une vie ? Je ne le sais pas. Moi aussi j’oublie. Peut-être est-il souvent plus simple d’oublier. Qui peut vivre tous les jours, toutes les heures, avec l’ombre de la mort qui le poursuit ? Sûrement les dépressifs et les nihilistes. Mais ce n’est pas une vie tolérable.

La mort est une force sans commune mesure pour l’être humain. Et avec l’avancement de la civilisation, on dirait que nous avons consciemment ou inconsciemment voulu écarter la mort de notre paysage. Les animaux dans les boucheries, et les vieux dans les hôpitaux. Nous ne voulons plus savoir qu’elle existe. Plus la mort est loin, plus nous nous portons mieux. C’est ce que nous aimerions croire.

Mais un jour arrive la mauvaise nouvelle. Quelque chose de réel. Une maladie grave, un proche qui meurt, quelqu’un qui subitement est fauché. Puis là, il n’y a plus où s’échapper. L’ombre est partout. Le ciel est gris. La nuit est longue. La vie est courte.

Alors qu’est-ce que nous avons fait de tout ce temps passé qui est un temps mort, mais qui n’était pas la mort, qui était la vie ? En fait, pendant tout ce temps-là, nous avons oublié la mort, et en même temps, nous avons oublié de vivre.

C’est trop lourd d’avoir la mort devant les yeux tout le temps. Mais l’oublier est pire. Alors pour se rappeler que le temps passe malgré tout, et qu’il y aura une fin, pour surtout se rappeler que la vie vaut mieux et qu’elle ne se survole pas, les stoïciens nous demandent de temps en temps de contempler notre mortalité, de méditer sur la mort.

Se rappeler que nous sommes mortels nous rappelle que nous sommes vivants, et que nous avons des choix à faire, qu’on ne peut pas vivre n’importe comment, qu’on ne peut pas passer sur terre comme une feuille sur un arbre qui tombe à l’automne, que nous sommes faits pour être humains, pour participer à tout ce qui est bien, et aider à le construire.

Je pense que la méditation sur la mort est une méditation sur la vie. Si nous sommes mortels, c’est que nous devons vivre. Alors vivons bien. Pour le bien. Et que notre vitalité serve notre humanité.

Memento mori Ali Sanhaji.

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