La solitude n’est pas inévitable.

La solitude n’est pas inévitable.

Je rentre chez moi le soir, fatigué, et j’entends un grand silence dans mon appartement. Je n’ai envie de rien faire, mais j’ai soudainement besoin de parler à quelqu’un. Alors je m’assois sur mon canapé, je sors mon téléphone et je parcours une liste d’amis… Je vois des dizaines de gens sur cette liste, pourtant cela ne m’empêche pas de me sentir seul.

C’est vrai que la technologie est incroyable : nous avons de plus en plus d’amis sur des listes, il suffit d’aller sur internet pour participer à des discussions dans des forums ou des réseaux sociaux, il y a plein de vidéos que l’on peut regarder où il y a des gens qui nous parlent, qui partagent leurs passions, qui nous apprennent des choses de valeur. Tout cela, c’est formidable. Pourtant tout cela ne nous empêche pas de nous sentir seuls. Tout nous a l’air proche, mais tout reste loin. La technologie n’arrive pas à combler quelque chose qui est essentielle et dont nous manquons trop souvent : nos relations avec les autres.

Nous avons besoin des autres comme nous avons besoin de manger. Ce n’est pas un besoin secondaire, sinon la solitude ne fairait pas aussi mal. On entend souvent des histoires de gens qui se sont tués parce qu’ils se sentaient trop seuls. Ils pouvaient avoir tout ce que l’on pourrait désirer : un bon travail, une belle maison, une jolie voiture… Mais les possessions ne les comblaient pas. Ils auraient pu avoir tout l’argent du monde et acheter tous les objets de la terre, ils se seraient sentis toujours aussi seuls, aussi vides. Ils rentraient chez eux et ils se rendaient compte qu’ils n’avaient rien, car ils n’avaient personne. Pourtant d’autres continuent à poursuivre les mêmes objets, à avoir les mêmes désirs. Peut-être qu’ils finiront aussi dans le même état. Et ça continuera comme ça, parce que personne n’essaye d’apprendre des erreurs des autres. Rares sont ceux qui cherchent ce qui a vraiment du sens et qui peut nous combler.

Si la solitude fait souffrir, c’est que nous avons besoin des autres, comme lorsque nous avons besoin de manger quand nous avons faim. Cela ne veut pas dire que la solitude est mauvaise, ni que le contact des autres est toujours bon. À trop manger, le ventre devient lourd et malade. Mais passez plusieurs semaines sans manger, et c’est tout le corps qui est en état d’alerte.

Les autres sont essentiels car ils nous apportent le réconfort, la sécurité, le sentiment d’appartenir, le sentiment d’être apprécié, désiré, d’être aimé. Ils nous montrent que nous avons de l’importance, même si elle n’est pas absolue et inconditionnelle. Tout seuls, nous sommes vulnérables, faibles, instables, nous ne savons pas pourquoi nous faisons ce que nous faisons car nous ne voyons personne en bénéficier à part nous. Et nous avons un tel besoin des autres que ne se satisfaire que soi n’est pas satisfaisant.

Ce que les autres nous apportent, nous le leur apportons aussi. Et on reçoit mieux quand on donne en premier.

La solitude n’est pas inévitable. Elle est un effet du monde moderne que nous avons décidé de subir sans essayer de le contrer. Et nous avons préféré poursuivre des désirs que nous pensions allaient nous combler au lieu de chercher ce qui est essentiel, ce qui a un vrai sens humain. Avec toutes les nombreuses choses qui nous entourent, nous avons oublié qui nous sommes.

Heureusement qu’il arrive un moment où nous nous rendons compte de la vraie valeur des choses. De la vraie valeur des gens. Nous nous rendons compte que les relations humaines sont plus importantes que les objets ou que le travail. Car le travail nous rendra parfois un peu triste, parfois un peu content. Mais nos relations avec les autres nous rendront dépressifs ou absolument comblés. Dans ce cas-là, nous savons ce qu’il faut d’abord poursuivre.

Alors au lieu de chercher sur son téléphone des amis à qui dire deux trois mots pour faire passer la solitude, il vaut mieux sortir et aller construire une vraie relation avec quelques-uns, avoir ce sentiment d’appartenir à un groupe, partager avec eux de vrais moments de joie, ou même de tristesse. Il vaut mieux aller voir les gens qui tiennent à vous au lieu de convaincre ceux qui ne veulent pas de vous que vous en valez la peine. Il vaut mieux être proche de ceux que nous aimons et qui nous aiment. C’est possible de construire quelque chose de fort et de bon. Il faudrait le chercher et ne pas trop laisser son ego et ses doutes limiter ses efforts.

Il n’y a plus qu’une chose à savoir quand on sait ce qu’il faut chercher, c’est ce qui est dit dans cette citation rapportée par Sénèque : « Je te révélerai un secret pour te faire aimer sans philtre, sans herbes, sans incantation de magicienne : aime et l’on t’aimera. 1»

1 Sénèque, Lettres à Lucilius, Lettre 9

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