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La vertu est sa propre récompense. Oui, mais j’en veux plus !

Un des principes fondamentaux du stoïcisme est que le seul bien est l’exercice de la vertu (courage, justice, tempérance, sagesse pratique), et c’est tout ce qui dépend de nous. Tout le reste (corps, longévité, richesse, relations sociales) n’est pas un bien car il ne mène pas à la vertu et de toute façon il ne dépend pas de nous. Donc il faut chercher à être vertueux pour bien vivre, et la vertu est sa propre récompense.

Il y a des gens qui acceptent ce postulat aveuglément parce qu’ils donnent de la valeur au stoïcisme et à son enseignement, et il y en a qui essayent de justifier ce postulat afin de le rendre raisonnable parce qu’ils donnent de la valeur à la raison.

Pour ma part, je donne de la valeur à ce qui est utile pour soi pour mieux vivre. Donc je vais essayer de justifier pourquoi la vertu est un bien très important à chercher (justifier que c’est le seul bien est un peu trop extrême).

Le courage

D’abord, le courage est important parce qu’il y a une émotion qui détruit notre vie : la peur. Chercher la vertu du courage permet de s’opposer à la peur qui nous prend dans beaucoup de situations. Notre esprit est très bon à chercher des excuses qui nous font reculer, pour nous protéger, pour nous éviter des problèmes imaginaires. Se dire que le courage a une grande valeur pour nous nous pousse à l’action devant la peur. Elle ne supprime pas la peur, elle s’y oppose dans un sens contraire. Quand la peur pousse, le courage peut pousser encore plus fort.

C’est très utile d’avoir le courage non seulement comme idéal, mais comme allié, car on se défend plus, on avance plus, on se cache moins et on a moins de remords d’avoir laissé la peur nous commander.

La justice

Avoir la justice comme idéal permet deux choses : nous pousser à l’action, et nous apporter de la sérénité. Pourquoi ? Parce que lorsque nous sentons que quelque chose n’est pas juste, la colère ou la tristesse qui en découlent peuvent être des moteurs pour agir et réparer l’injustice. Par exemple lorsque nous apprenons que notre collègue qui fait le même travail que nous, avec la même expérience, avec les mêmes résultats (et parfois moins bons), est mieux payé que nous, nous pouvons ressentir de l’envie envers ce collègue. Mais nous devrions plutôt ressentir un manque de justice de la part de celui qui distribue les salaires. Si nous ne faisons pas attention à nous-mêmes, les sentiments de colère ou de tristesse peuvent nous pousser à saboter notre collègue et à essayer de lui montrer qu’on est meilleur que lui. Mais si nous faisons attention à nous-mêmes, ces émotions provoquées par le sentiment d’injustice devraient nous pousser à mieux nous défendre et à réclamer ce que nous méritons.

De la même manière, l’idéal de Justice peut nous aider à être plus sereins. Reprenons le même exemple, avec cette fois-ci, le collègue qui gagne plus que nous, mais qui travaille aussi plus que nous, qui a de meilleurs résultats, et qui est plus brillant globalement. Nous ne devrions pas être surpris qu’il soit plus récompensé, car il est juste qu’il ait ce qu’il mérite. Et s’il faisait tout ce travail et qu’il n’était pas aussi bien payé que nous ou autant, c’est là où nous devrions ressentir de l’injustice, car il mériterait plus. Et si cela vous paraît trop idéaliste, eh bien pensez-y de la manière suivante : est-ce que vous aimeriez vivre dans un environnement où vous voudriez vous-mêmes faire des efforts et n’être pas récompensé ? On revient au premier scénario de l’exemple.

La tempérance

Plus la vie passe, plus je trouve que la capacité à se contrôler, à modérer ses désirs et savoir comment en faire usage est très bénéfique tous les jours.

Déjà, savoir modérer ses désirs permet de ne pas laisser des objets ou des rêves prendre le contrôle de notre esprit, et laisser d’autres personnes prendre le contrôle de notre temps. Bien sûr qu’avoir plus d’argent est attirant, que la belle jeune femme ou le beau jeune homme fait tourner la tête, que la position de pouvoir fait envier, que les lumières sur soi nous obnubilent. Mais le temps que nous consacrons à y penser et à tourner autour nous en éloignent encore plus et nous empêche de nous consacrer à ce qui est vraiment important pour nous. Nous vendons notre temps très peu cher. Même que nous l’offrons, gratuitement, sans contrepartie, comme s’il ne valait rien, comme si nous ne valions rien.

Savoir se contrôler et gérer ses désirs permet d’éviter de tomber dans ces failles que nous voulons, pour la plupart d’entre nous, éviter. Peut-être que les désirs sont légitimes, même pour ce que les stoïciens désignent comme indifférents (l’argent, le pouvoir, le plaisir, etc.), mais l’incapacité à nous restreindre devant eux nous rend faibles et pathétiques : un adulte qui agit comme un enfant qui pleure devant sa mère de ne pas avoir ses bonbons.

Travailler sur le contrôle de soi permet aussi de savoir un peu plus ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas. On est plus confiants devant nos choix, parce qu’on sait ce qui est bon pour nous et ce qui n’est pas bon. Et inversement, savoir ce qui est bon pour nous et ce qui n’est pas bon nous aide à savoir comment mieux se contrôler. Car nos besoins sont individuels, et c’est à nous de jauger le degré auquel nous avons besoin de satisfaction sur tel ou tel élément.

La sagesse pratique

La plus fine des vertus, celle qui donne toute sa valeur à la personne qui a appris à vivre en harmonie avec lui-même, avec les autres et avec le monde. Avec la sagesse pratique, il s’agit de savoir comment agir selon les circonstances et la situation. C’est la science de la mesure : savoir évaluer ce qui est bon ou mauvais à faire quand on prend conscience des éléments qu’on a. C’est ce qu’on aurait appelé aujourd’hui : avoir de l’expérience, avoir de la bouteille. C’est une vertu qui s’apprend avec le temps. Mais avoir la sagesse pratique comme vertu à poursuivre permet d’être toujours à l’affût de ce qu’on peut apprendre des situations qui se présentent à nous. Au lieu de juger et de jurer lorsqu’il nous arrive quelque chose qui ne nous convient pas, au lieu de ruminer et de bouder, il est plus avantageux de se dire : « comment est-ce que j’aurais pu mieux agir dans cette situation avec les éléments que j’ai ? » La sagesse pratique est une vertu très forte et très utile car elle donne le pouvoir de mieux s’en sortir à chaque nouvelle situation. Nous nous sentons plus en maîtrise et plus stables.

Conclusion

Finalement, plus nous essayons d’être vertueux, plus notre esprit s’habitue à vivre et agir avec vertu. Donc il est plus facile par la suite de faire face à ses peurs (courage), de ne pas léser ou se faire léser (justice), de ne pas céder à ce qui nous fait du mal (tempérance), et de savoir évaluer quelle est la meilleure façon d’agir selon la situation et les éléments donnés (sagesse pratique). Bref, nous vivons mieux sans nous en rendre compte.

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