Le feu que toute matière alimente

Le feu que toute matière alimente

« Le feu ardent s’approprie d’emblée ce qu’on lui apporte ; il le consume et s’élève d’autant plus haut. » Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre IV, 1.

Les stoïciens ont la réputation d’être imperturbables. Comme s’ils étaient nés avec la capacité de n’avoir aucune réaction négative face à une difficulté ou un échec devant eux. Or ce n’est pas inné. C’est profondément ancré dans la pratique du stoïcisme.

Dans le stoïcisme, tout ce qui dépend de l’individu, c’est son intention de faire une action qui sera en accord avec les vertus de courage, de justice, de contrôle de soi, et de sagesse qu’il cherche. Le résultat de cette action ne dépend pas de lui. Si le sort fait qu’il échoue ou qu’il y a un obstacle qui l’empêche d’atteindre ce résultat, ce n’est pas l’occasion d’abandonner ou de se plaindre, mais « ce sera l’occasion de pratiquer une autre vertu, celle du consentement au destin1 ».

Ce qui veut dire qu’il va accepter l’état des choses et essayer d’agir en s’adaptant aux nouvelles circonstances. « L’échec de telle action ne trouble pas notre sérénité, […] et il nous donne l’occasion d’entreprendre une nouvelle action mieux adaptée ou de discipliner notre désir.2 »

C’est là l’image que donne Marc-Aurèle du feu ardent qui brûle plus fort quand on lui donne une nouvelle matière à consumer. Les obstacles et les échecs ne sont pas des entraves à l’intention du stoïcien et à ce qui dépend de lui. Car il dépend toujours de lui de saisir les nouvelles circonstances pour avancer et s’exercer à une autre vertu.

Au lieu que l’obstacle ou l’échec nous écrase comme un petit feu, nous pouvons être une flamme qui se renforce grâce à eux.

C’est de là que vient la légendaire capacité des stoïciens à faire face aux difficultés. Ils travaillent toujours à avancer et à s’adapter aux nouvelles circonstances et à s’exercer à être vertueux. Le reste importe moins.

1 Pierre Hadot, Introduction aux pensées de Marc-Aurèle, La discipline de l’action, 5. L’intention morale ou le feu que toute matière alimente.

2 Ibid.

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