Se sentir maître de soi

Se sentir maître de soi

« Ce qui fut douloureux à supporter, il est agréable de l’avoir supporté. » Sénèque, Lettres à Lucilius, Livre IX, 78, 14.


Une des choses qui me déçoivent le plus en moi-même, c’est d’être aussi vulnérable aux désirs, à tout ce qui soumet notre esprit. C’est sûrement une des choses qui m’ont attiré dans le stoïcisme. Il apprend à ne pas se laisser manipuler par ses désirs automatiques. Le contrôle de soi est une des choses les plus recherchées par les stoïciens.


Je ne pense pas que j’aie adhéré au stoïcisme parce que je l’ai trouvé raisonnable et vrai. Mais parce qu’il s’intéressait à des aspects de la vie qui m’ont toujours préoccupé et dont j’ai souffert. J’avais besoin du stoïcisme. Il allait bien avec ma personnalité aussi. Je pense que l’épicurisme m’aurait fatigué. Et que le platonisme m’aurait ennuyé. Le stoïcisme m’a l’air plus combatif.


Peut-être que ce n’est pas très stoïcien, mais il y a une fierté à pouvoir se contrôler et ne pas céder à ses désirs. Pouvoir dire non à une chose que notre désir convoite, et que d’autres se seraient honteusement pliés pour le satisfaire, renforce le moral. On se sent digne. On se sent fort.


Il y a bien sûr le bénéfice premier de ne pas se laisser avoir par ses désirs, c’est de ne pas souffrir inutilement. Mais il y a aussi au-delà de l’évitement de la souffrance un sentiment de posséder une puissance intérieure quand on se restreint et qu’on refuse. Car il faut être confiant pour ne pas se soumettre.


Il n’est sûrement pas sage de laisser son ego prendre le dessus. Mais il faut dire qu’il y a un peu de cela quand il s’agit de contrôle de soi, il vaut mieux ne pas se mentir. On peut parfois se convaincre que nos raisons de le faire sont nobles, pures et désintéressées. Ce n’est pas vrai. Il y a aussi l’envie de se sentir puissant, ou au moins de ne pas se sentir impuissant et vulnérable.
Quand on sait se restreindre, on gagne en protection contre les aléas du monde. On sait qu’on n’est pas dépendant de certaines choses extérieures, qu’on peut nous les retirer et qu’on restera les mêmes.

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