Sisyphe Heureux

Sisyphe Heureux

« La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Albert Camus, Le mythe de Sisyphe.

Camus nous rappelle le mythe grec de Sisyphe, qui lorsqu’on le voit de loin, nous paraît comme une torture infinie. Pousser un rocher jusqu’au sommet d’une montagne, juste pour le voir redescendre et devoir le remonter encore une fois et ainsi de suite jusqu’à l’infini. Qu’est-ce qu’il y a à voir de bien ici ?

Eh bien, il y a à voir la chose qui rend l’être humain fondamentalement heureux. C’est de faire face à des difficultés, et de se battre pour les surmonter, d’apprendre à y faire face quand elles reviendront et de les surmonter à nouveau.

« La lutte elle-même […] suffit à remplir un coeur d’homme. » Camus avait raison. La lutte contre les difficultés nous donne un sens à notre vie. La lutte est inscrite dans notre physiologie. Nous ne sommes pas des êtres d’oisiveté. Nous sommes des êtres humains, qui ont besoin d’activité, de dépenser leur énergie pour survivre au danger inhérent d’être en vie. Ceux qui se battent ne s’ennuient pas.

Ne jamais faire face à des difficultés ne vous apprend pas la vie. Elle vous rend vulnérable, ou comme dit Sénèque : « Un bonheur que rien n’a entamé succombe à la moindre atteinte; mais quand on doit se battre contre les difficultés incessantes, on s’aguerrit dans l’épreuve, on résiste à n’importe quels maux, et même si l’on trébuche, on lutte encore à genoux. »

C’est bon de pousser un rocher encore et encore. Et contrairement à Sisyphe, nous en avons plusieurs. Et au lieu de se décourager et abandonner, il vaut mieux se battre et échouer, puis recommencer comme Sisyphe, et emmener le rocher un peu loin.

Ceux qui croient qu’il y a une fin à la lutte ne sont pas vivants. Cesser de se battre, c’est cesser de vouloir vivre. La satisfaction de dépasser les obstacles que nous pensions insurmontables est sans égale. Le sentiment d’être capable de faire face aux difficultés vous remplit tant d’espoir que vous regagnez la volonté de vivre.

Nous pouvons apprendre avec le temps à non seulement aimer arriver à pousser le rocher jusqu’au sommet, mais aussi d’aimer pousser le rocher tout au long du trajet. La satisfaction de savoir que vous pouvez y arriver vous donne envie de relâcher le rocher vous-même quand vous êtes au sommet, et de dire : « Allez ! Encore une fois ! »

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