Des raisons de vivre (2/4) : le sport

Des raisons de vivre (2/4) : le sport

Si on se pose la question des raisons de vivre, c’est qu’on a envie de vivre, et de vivre bien. Si on n’avait pas ce désir fort de vivre, on n’aurait pas besoin de chercher des raisons pour, ni comment faire. On n’aurait envie de rien puisqu’il n’y a pas de désir, et il n’y aurait alors pas de problème. Mais si on est dans le doute, si on a du mal à voir par où s’aventurer dans la vie, et que c’est douloureux d’être dans cet état là, c’est que la vie humaine demande un chemin, et beaucoup d’hommes se sont posés la question de quel chemin prendre. C’est une question essentielle, et si on regarde bien le passé et même le présent, on voit les réponses qu’ont donné les hommes à cette question. Quand on les observe, on se rend compte des chemins fantastiques qu’ils ont empruntés et que l’on peut suivre.

Je vais essayer de présenter quatre chemins qui me semblent admirables : la science, le sport, l’art et l’humanité. Ce ne sont pas les seuls, mais ils englobent la quasi-totalité des chemins que les hommes de valeur ont considéré dignes et bons.

Si vous avez raté la première partie sur la science, vous pouvez la retrouver ici:

Deuxième partie: le sport

On pense souvent que le sport n’est qu’un divertissement. On se moque des sportifs, on les trouve bêtes, sans culture, ridicules, et plus ils sont riches, plus on les trouve méprisables. Certaines personnes ne leur donnent aucune valeur, ils ne seraient finalement que des instruments pour divertir le peuple qui n’est pas plus intelligent que les sportifs qu’il admire. Qu’est-ce que le sport et la compétition peuvent bien dire de nous ? Qu’est-ce que le monde entier trouve de si intéressant chez les sportifs au point de les admirer, de les aduler, de les vénérer, et s’ils n’apportent rien aux hommes comme on le pense parfois ?

Eh bien le sport n’est pas qu’un jeu, ce n’est pas un divertissement anodin, ce n’est pas qu’un passe-temps, c’est un combat contre soi. À chaque fois que vous pratiquez un sport, quel qu’il soit, vous testez vos capacités, vos pouvoirs, vos limites. L’effort physique n’est pas amusant pour votre corps, tout vous pousse à vous arrêter dès que vous commencez toute activité sportive : la douleur, la pression, la résistance à la difficulté, votre esprit tout de suite vous dit d’arrêter, d’abandonner et d’aller plutôt vous occuper avec une activité plus facile, plus rapidement gratifiante, dans le confort, dans l’aisance, dans la nonchalance.

Les sportifs de haut niveau font face à ce genre d’opposition de leur esprit et de leur corps tous les jours. Ils ne sont pas moins humains que le reste de l’humanité, eux aussi ressentent la douleur, la souffrance physique et mentale, eux aussi voudraient bien s’arrêter et avoir un quotidien plus commode, mais ils ont appris par expérience que c’est au travers de la douleur qu’ils réussiront à développer leur potentiel, alors ils ont développé une capacité à faire face aux obstacles de leur esprit et de leur corps, et à dépasser la ligne que les autres trouvent infranchissable. La discipline quotidienne que les sportifs de haut niveau s’infligent est impressionnante : les restrictions alimentaires, la rigueur des entraînements, l’endurance et la puissance qu’ils ont besoin de développer, la concentration mentale qu’ils doivent exercer pour trouver exactement leurs failles et pour les corriger, pour pouvoir s’améliorer afin de transcender ce que l’on pensait possible dans leur sport. Ce n’est pas ce qu’arrive à faire le commun des mortels. Le sport est un terrain de combat contre soi avant d’être une compétition contre les autres, et les sportifs nous montrent que, si l’on s’y met sérieusement, c’est possible de se pousser au-delà de ce que l’on croyait était pour nous réalisable.

Un des plus grands combats de l’histoire de la boxe s’est déroulé à Kinshasa le 30 octobre 1974 et a vu s’affronter deux des plus grands champions de boxe poids lourd, Mohamed Ali et Georges Foreman. Georges Foreman était le tenant du titre de champion du monde WBA et WBC, il avait derrière lui 40 combats et autant de victoires, dont 37 par KO. C’était un colosse, une brute, ses coups tordaient les corps de ses adversaires. Il était plus jeune que Mohamed Ali, plus grand, plus lourd, plus puissant, tout le monde le donnait vainqueur et personne n’imaginait que le combat pouvait finir autrement que par la destruction totale d’Ali. Mais les plus grands sportifs ont de la valeur parce qu’ils nous apprennent comment la volonté et la détermination peuvent emmener loin un homme. Mohamed Ali n’était pas favori mais il savait que cela n’allait pas l’arrêter de chercher la victoire, il connaissait sa valeur et sa force, il allait prouver à tous ceux qui ne croyaient pas en lui qu’il restait « the greatest » (le plus grand) malgré son âge, malgré le temps, malgré tout ce qui s’est passé dans sa vie. Et durant le combat, son regard n’a pas failli, sa détermination n’a pas faibli, il a esquivé les coups du colosse, il a épuisé Foreman, et la dernière droite d’Ali a été fatale. Foreman s’est effondré par terre, lui qui avait l’habitude d’être dans la position dominante le voilà dominé. Il s’est relevé trop tard, le combat était fini, Mohamed Ali était de nouveau champion du monde, à la surprise de tous, sauf du champion.

Mohamed Ali est grand parce qu’il nous apprend à croire en nous-même, à notre valeur, il nous montre qu’il ne faut pas laisser l’opinion des autres déterminer notre volonté et ce à quoi nous pouvons aspirer. Il est grand parce qu’il nous pousse à être aussi grand que nous pouvons être.

Le sport nous donne des raisons de vivre parce qu’il nous montre que nous ne sommes pas prisonniers des limites que nous nous posons nous-mêmes, que les obstacles que la vie nous propose ne sont pas insurmontables si nous sommes dédiés à les surmonter, si nous avons la discipline et la volonté. Le sport nous montre que nous sommes capables de beaucoup plus que ce que nous nous croyons capable d’accomplir si nous développons nos forces, si nous apprenons à nous améliorer et à ne pas nous contenter de ce que nous sommes. Les sportifs nous donnent des frissons et nous inspirent car il nous disent : « Voici les hauteurs que nous, être humains, pouvons atteindre. Battez-vous, résistez, n’abandonnez pas. »

 

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