Le plus dangereux avec le coronavirus: l’insouciance et la peur qui nous tuent

Le plus dangereux avec le coronavirus: l’insouciance et la peur qui nous tuent

Le fait que le covid-19 ressemble dans ses symptômes a une grippe saisonnière rend le jugement de tout le monde plus extrême : les insouciants ne lui donnent aucune importance, alors que les très soucieux pensent que la mort est à leur porte. Or les deux jugements sont dangereux.

Croire que ce virus n’est pas digne d’intérêt, malgré l’avis de tous les médecins, malgré ce qui s’est passé en Chine et en Italie, ce n’est pas de l’insouciance mais de l’inconscience et un manque de responsabilité. C’est croire que nous n’avons individuellement aucun rôle dans cette crise, comme si nous ne vivions pas ensemble, mais seuls, les uns à côté des autres. Alors nous voyons des gens continuer leur train de vie comme si rien n’avait changé dans le monde, à continuer à se serrer la main, à pratiquer leurs activités habituelles, à se voir pour des soirées, car ils ont envie de s’amuser, de rencontrer du monde, des hommes et des femmes, car leurs désirs sont plus forts que leur raison.

De la même manière, croire que la mort est à sa porte est très dangereux aussi. Le covid-19 ressemble a une grippe saisonnière, alors il suffit pour certains de tousser, d’avoir le nez qui coule, d’éternuer, ou même d’avoir mal à la tête pour croire qu’ils sont malades du nouveau virus. Alors ils vont se précipiter chez leur médecin, quitte à contaminer tout le monde sur leur passage, ils vont peut-être aller à l’hôpital et occuper le temps du personnel médical qui est déjà occupé par les vrais cas qui touchent les gens fragiles, et par tous les malades d’autres maladies parfois plus graves. La peur dévore certaines personnes, et leur réaction va tuer les autres. Nous voyons l’hystérie dans les supermarchés, avec tous ceux qui font des stocks comme pour préparer contre une attaque nucléaire. Ils ne pensent pas à comment nous pourrions mieux nous en sortir tous, ils pensent à comment ils vont pouvoir se protéger eux-mêmes, et uniquement eux-mêmes. Lorsqu’ils fustigent ceux qui ne prennent pas le virus au sérieux, ce n’est pas par souci pour les plus fragiles, mais par peur que ça ne les atteigne. La peur rend fou et idiot, égoïste et individualiste.

Or nous ne vivons pas seuls, jamais. Nous voyons dehors des gens que nous ne connaissons pas, alors nous pensons que nous n’avons aucun impact sur leur vie. Nous n’avons aucune autorité dans la société alors nous pensons que nous n’avons aucun pouvoir. Or nous vivons ensemble, même si nous sommes seuls. Chacune de nos actions a un impact sur les autres, et les actions des autres sur nous. Et nous vaincrons tous ensemble, ou nous serons malheureux tous ensemble, comme le dit Sénèque : « Point de succès pour soi seul, point de malheur non plus : on vit en communauté. Nul, au reste, ne peut couler ses jours dans le bonheur qui ne considère que soi, qui tourne toutes choses à sa propre commodité. Vis pour autrui, si tu veux vivre pour toi. » Sénèque, Lettre à Lucilius 48.

Sénèque est un philosophe stoïcien qui a vécu il y a deux mille ans, et le stoïcisme, vieille école philosophique qui peut nous paraître sans actualité, a la capacité de nous apprendre comment nous devrions agir et réagir aujourd’hui à ce mal que nous subissons tous.

Comment peut nous aider le stoïcisme ?

Un des premiers principes du stoïcisme est de faire la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous (Manuel d’Épictète, 1). L’émergence du covid-19 ne dépend pas de nous. Nous ne l’avons pas commandé à la nature. Il est là, comme une partie du tout. Comme nous, êtres humains, sommes des animaux vivants, le covid-19 est un virus qui existe dans ce monde comme le reste des virus. Il est inutile de s’en plaindre, car il ne s’en ira pas parce que nous ne l’aimons pas ou parce que nous n’en voulons pas.

En revanche il dépend de nous de bien réagir maintenant qu’il est là. Et bien réagir c’est suivre les recommandations de ceux qui savent, des médecins, des autorités publiques. S’il faut réduire nos interactions sociales pour empêcher sa propagation, alors nous sortirons moins, nous subirons l’ennui d’être chez soi. C’est peut-être dur pour les extravertis, mais c’est le moment de découvrir un autre aspect de leur vie, leur vie intérieure.

Il ne dépend pas de nous de tomber malade du virus, car nous sommes humains et cela peut arriver malgré nous, mais il dépend de nous de faire notre possible pour éviter de l’attraper. Les actions des autres ne dépendent pas de nous, et s’ils ne contribuent pas à la réduction de la propagation du virus, nous ne pouvons que les conseiller pour qu’ils prennent conscience du problème. S’énerver et les haïr ne va que nous diviser et nous rendre plus tristes et malades. Mais nos propres actions dépendent de nous, et nous pouvons faire ce que nous aurions conseillé aux autres de faire.

Les vertus dans le stoïcisme

Il y a quatre grandes vertus que le stoïcisme prône : le courage, la justice, la tempérance et la sagesse pratique.

Nous pouvons faire preuve de chacune de ces vertus dans la situation actuelle, et nous pouvons voir combien elles sont importantes quand nous voyons combien elles manquent à certains de nos concitoyens.

Le courage

Les prochaines semaines et les prochains mois seront difficiles, et nous ne savons pas ce qui nous attend, comment les choses vont se résoudre et évoluer par la suite, que ce soit au niveau sanitaire ou économique. Mais quoi qu’il en soit, nous savons que nous aurons à faire preuve de courage face aux difficultés qui vont venir. Nous devons même faire preuve de courage dès maintenant car la peur de la maladie peut nous amener à agir sans raison, comme nous pouvons voir certains agir. L’émotion va perturber notre jugement. Nous risquons de faire ce qu’en temps normal nous trouverions minable de faire. Et c’est le courage qui peut nous sauver de nous-mêmes.

La justice et la tempérance

La justice dans le stoïcisme n’est pas simplement de juger et de condamner. C’est l’ensemble de nos actions qui font que la société est telle que nous voulons qu’elle soit. Est-ce que notre manière d’agir contribue à l’équité dans la société ? Est-ce que s’accaparer de toutes les ressources dans les supermarchés est juste vis-à-vis de nos concitoyens ? Est-ce que dans ce cas-là nous ne sommes pas alors en train d’agir de telle sorte à réduire la justice parmi nous ? Nous sommes très bien capables de faire preuve de tempérance, d’agir avec raison et de ne pas se perdre dans la cupidité. Nous sommes tout à fait capables d’abandonner un peu de nos droits pour permettre à tout le monde de répondre à ses besoins. Je dirais même que c’est un devoir.

La sagesse

Enfin, la sagesse dans le stoïcisme est la capacité de prendre les bonnes décisions dans des situations compliquées, de savoir faire preuve de discernement pour se rendre compte de ce qui est bon et de ce qui est mauvais. Elle est la plus importante des vertus car c’est elle qui nous permet de savoir que le courage, que la justice et que la tempérance valent mieux que la peur, le profit et la folie. C’est par sagesse que nous pouvons nous pousser à faire la bonne chose, à prendre la bonne décision, à nous empêcher de tomber dans les émotions négatives, à penser à la communauté plutôt que de se replier sur soi. Faire preuve de sagesse n’est pas simple ou instinctif, mais il dépend de nous de le vouloir.

Pour la communauté

Je le répète, nous ne vivons pas seuls. Jamais. Nous faisons tous partie d’une communauté : d’un groupe, d’une ville, d’un pays, d’une humanité. Toutes nos actions ont un impact. Nous sommes des agents dans le monde, nous ne sommes pas du tout sans pouvoir. Et la maladie ne va peut-être pas me tuer individuellement, mais l’insouciance ou la peur dont je pourrais faire preuve peuvent nous tuer en tant que communauté. Elles nous tuent car en transmettant le virus ou en occupant le temps du personnel soignant, nous augmentons les risques que des gens fragiles, eux, en meurent. Elles nous tuent parce que nous ne sommes pas capables de faire preuve de solidarité envers ceux que nous ne connaissons pas alors que nos actions vont les atteindre.

Alors agissons sur ce qui dépend de nous et essayons de réduire la propagation du virus. Faisons preuve de courage, de justice, de tempérance et de sagesse. Nous en avons tous besoin, et chacun de nous en est capable.

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