Le jour où on a rayé ma voiture parce que j’étais malade. Ou comment garder son calme.

Le jour où on a rayé ma voiture parce que j’étais malade. Ou comment garder son calme.

Il n’y a pas si longtemps, à peine quelques mois, j’étais vraiment fatigué de tout, du boulot, de la routine, de la météo, alors j’étais un peu malade. Au lieu d’aller voir le médecin, ce que mon esprit hypocondriaque me suggérait de faire, j’ai essayé plutôt de changer d’environnement et d’aller voir quelques membres de ma famille qui habitaient un peu plus loin. Donc j’ai pris un billet de train aller-retour pour Paris où se trouvent mon frère et mon cousin. Mon départ était le vendredi soir et je revenais le dimanche soir. J’ai pris ma voiture, et je suis allé me garer à côté de la gare de ma ville.

D’habitude, je laisse ma voiture dans une rue à 5 minutes à pieds, mais où je n’ai pas peur de me faire voler. Cette fois-ci, comme je n’étais pas très en forme, j’ai préféré poser ma voiture à moins d’une minute de la gare, dans une rue peu fréquentée et remplie de maisons devant lesquelles sont parfois garées les voitures des propriétaires quand elles ne sont pas dans le garage. Qu’est-ce que je craignais vraiment? Dans la petite ville où j’habite il y a rarement des dangers.

Je suis allé à Paris, je me suis baladé au bord de la Seine, j’ai mangé des sushis, j’ai pris plusieurs cafés avec ma famille et mes amis. Le dimanche soir, j’étais déjà un peu mieux. Je pouvais reprendre ma semaine tranquillement. J’ai pris le train du retour tard la nuit, j’ai récupéré ma voiture, et je suis rentré dormir chez moi. Le matin, enfin motivé à commencer une semaine de bonne humeur, j’ai remarqué en prenant ma voiture, qui est de couleur noire, qu’il y avait un curieux trait blanc que je n’avais pas remarqué la veille. Quand j’ai un peu plus examiné la bête, il se trouvait qu’il y avait une longue rayure qui traversait quasiment la moitié de la voiture sur les deux côtés. On aurait dit une jolie clé qui a traversé la carrosserie de ma voiture de moins d’un an, et qui a laissé une marque très visible sur la peinture quasi neuve.

Ce n’était pas possible que ça se soit passé durant la nuit, car ma voiture était dans mon parking privé. C’était sûrement quand je l’ai laissée à côté de la gare. Qui a fait ça? Un gamin qui serait passé par là pour s’amuser? Un adolescent qui veut détruire le monde et qui commence par les voitures neuves? J’ai plutôt soupçonné le propriétaire de la maison devant laquelle j’ai laissé ma voiture, qui n’a pas dû aimer qu’on se gare devant chez lui…

J’étais fou de rage. Je n’avais pas de quoi l’accuser. Je pouvais lui demander si c’était lui, mais il allait bien évidemment tout nier. J’aurais bien voulu l’insulter ou l’étrangler, mais ce n’était pas très civilisé. Les réparations allaient me coûter une fortune mais lui il s’en fout, alors la colère me rongeait de plus en plus. J’étais mal, encore plus mal qu’avant d’être parti, et j’ai préféré ne jamais être parti. Après quelques heures de rage et de mal-être, j’ai repensé à quelques paroles du philosophe stoïcien et empereur Marc Aurèle: « Les effets de la colère sont beaucoup plus graves que les causes. »

Et c’était vrai. Je me faisais du mal, mon corps était en tension, je n’arrêtais pas de ruminer et de regretter ce qui s’était passé. À quoi me servait d’être en colère? À quoi ça m’avançait? Je mettais en péril ma santé physique et mentale pour une voiture… Alors je me suis rappelé des leçons des stoïciens.

La première est de faire la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas, pour agir sur ce qui dépend et ne pas s’inquiéter sur ce qui ne dépend pas :ce qui s’est passé ne dépend plus de moi, ce qui dépend de moi est de faire les réparations qu’il faut. Je n’avais jamais utilisé mon assurance que je payais pourtant chère chaque année. C’était l’occasion de savoir les démarches pour la solliciter au cas où j’aurais un problème plus grave dans l’avenir. J’ai déposé ma voiture à un garage, on a fait appel à l’expert de l’assurance, il a établi le dossier et je pouvais être remboursé pour les réparations : j’avais donc une franchise de 250 euros à payer à l’assurance, mais c’était moins cher que le total des réparations qui coûtaient plus de 1000 euros.

Qu’est-ce que je pouvais apprendre de ce qui m’est arrivé? Plutôt que de ruminer le passé, comment pouvais-je avancer comme le veulent les stoïciens? Qu’est-ce qui dépendait de moi et que je pouvais gagner dans cette partie? J’ai appris que pour les prochaines fois je ne referai pas la même erreur de garer ma voiture dans un endroit dont je n’étais pas sûr, même malade ou fatigué. J’ai appris comment utiliser mon assurance au lieu de toujours me demander pourquoi je la paye. Mais surtout, j‘ai appris que la colère ne m’avançait à rien, et qu’elle n’était qu’un mal que je me faisais subir moi-même, que je la créais par mes propres pensées et qu’il ne dépendait que de moi pour l’éteindre.

Les leçons des stoïciens étaient utiles à ce moment-là, et il faudrait que je les garde proches plus souvent.

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