Exercice de gratitude : Gloire aux professeurs (2/3). M. Maâ, les mathématiques et les encouragements.

Exercice de gratitude : Gloire aux professeurs (2/3). M. Maâ, les mathématiques et les encouragements.

Nous commençons très rapidement à accuser tous ceux qui nous ont fait du mal lorsque nous sommes en train de tomber, nous identifions très vite celui-ci qui nous a bousculé et celui-là qui nous a secoué, et quand nous sommes à terre, nous les détestons et nous nous disons : « rien de cela ne serait arrivé s’ils n’avaient pas été là ». Mais lorsque nous sommes en train de progresser, lorsque nous sommes en train de conquérir du terrain intérieur, lorsque nous sommes en train de grandir et d’être plus capable de se construire vers ce qui est meilleur pour nous, lorsque nous sommes enfin à peu près solide et que nous nous voyons continuer à marcher avec fermeté vers le meilleur, nous n’attribuons cette réussite qu’à nous-mêmes, et nous croyons que ce n’aurait pas été possible autrement que grâce à notre seule volonté. Cette croyance vient du fait qu’il est vrai que personne ne peut nous forcer à changer et qu’il n’y a que nous-mêmes qui pouvons fournir l’effort pour y arriver, pour pouvoir avancer. Cependant nous oublions tous ceux qui ont été là pour nous éveiller à notre marche, pour nous encourager sur notre chemin, pour éclairer des voies que nous n’aurions pas pu apercevoir seuls. Quand nous sommes dans une situation où beaucoup d’aspects de notre vie fonctionnent à peu près comme nous le voulons, nous oublions de dire de ces gens-là aussi : « rien de cela ne serait arrivé s’ils n’avaient pas été là. »

Je voudrais pour ma part évoquer quelques-unes des personnes qui ont été importantes pour ma construction. Ce sont trois de mes professeurs que je n’oublierai jamais, et dont le souvenir me revient toujours avec bonheur.

Si vous avez manqué la première partie sur M. Zidanie, la littérature et la tolérance, vous pouvez la trouvez ici:

 

Deuxième partie : M. Maâ, les mathématiques et les encouragements

Durant cette même année du baccalauréat, comme je n’étais pas totalement inconscient et idéaliste, je travaillais bien évidemment comme tout le monde mes cours de mathématiques et de physique. Je m’en sortais bien en physique, mais en mathématiques j’étais toujours un peu moins bon que ce que j’aurais aimé, alors je prenais des cours supplémentaires le soir pour combler mes lacunes et avoir de l’avance sur les autres. Dans les classes du soir, nous étions nombreux à vouloir avoir de l’avance, une quarantaine d’élèves, mais certains n’étaient là qu’à cause de leurs parents qui les obligeaient à venir, alors qu’ils auraient préféré passer leur soirée dans un cybercafé à chatter sur internet. Pour les élèves les plus sérieux, nous écoutions notre professeur de mathématiques, M. Maâ, qui nous réexpliquait d’une autre manière les cours que nous avions eu durant la journée avec un autre professeur.

Il était drôle M. Maâ, tout le monde l’aimait beaucoup. Entre deux exercices de maths, il lui arrivait de nous raconter une anecdote sur une de ses autres classes ou sur un des autres professeurs des cours du soir. Et quand il ne racontait pas de blague, il nous parlait de science, de savoir, de ce qu’il avait lui-même appris de nouveau sur la nature et sur ce qu’elle contient de fabuleux. Il nous incitait à acheter les magasines de vulgarisation scientifique pour lire des articles sur toutes les nouvelles découvertes que le monde venait de faire sur les sciences et les technologies. Comme j’ai toujours été un amoureux des sciences, et surtout d’astronomie, première passion et source d’émerveillement pour le gamin que j’étais, je levais la main en sursautant pour dire à mon professeur que c’était déjà ce que je faisais, et je partageais avec lui quelques articles que j’avais lu et gardé en mémoire.

Puis quand on retournait à la résolution des exercices de mathématiques, il faisait le tour des tables pour voir si quelqu’un était bloqué sur un calcul et qu’il aurait besoin d’explications supplémentaires. Je le sollicitais souvent pour lui montrer là où j’en étais, et c’était plus souvent pour lui montrer que j’avais déjà fini l’exercice assigné et que j’étais déjà passé au suivant qui était plus difficile et sur lequel je n’étais pas tout à fait à l’aise. Il me donnait des indications et des astuces, et j’essayais d’aller plus loin, mais je voyais bien que les meilleurs de la classe en mathématiques arrivaient à résoudre bien plus facilement ces exercices sur lesquels j’avais du mal. Alors j’essayais de travailler encore plus et mon professeur était toujours là pour m’orienter et m’apprendre ce que j’avais du mal à cerner.

À la fin de l’année, à l’approche des épreuves du bac, nous avions encore plus de cours avec lui. Et tout ce que nous faisions était d’essayer de résoudre les épreuves de mathématiques des années précédentes du bac. J’étais au premier rang, au plus proche de lui. Je savais que je devais travailler avec plus d’acharnement les mathématiques si je voulais avoir la meilleure note possible. Et j’étais des plus actifs dans la classe. J’essayais d’aller plus vite que les plus forts de mes camarades. Évidemment je n’y arrivais pas, mais j’évoluais quand même en me mesurant à eux, et mon professeur voyait bien les efforts que je fournissais.

Il ne restait plus qu’une semaine pour les épreuves du baccalauréat, et c’était notre dernière séance avec M. Maâ. On finissait les derniers exercices de mathématiques qu’il nous avait apportés et à la fin du cours il nous avait donné les derniers conseils avant d’aller s’attaquer aux vrais épreuves la semaine qui suivait. Nous attendions la sonnerie qui était imminente, et nous étions quelques-uns à discuter avec lui entre-temps. Je me souviendrai toujours du moment où, quand nous lui disions au revoir, il m’avait dit personnellement : « Je suis fier de t’avoir eu dans ma classe. »

Je n’étais pas son meilleur élève, loin de là. Il y avait certains qui me dépassaient de loin dans la compréhension des mathématiques. J’étais très inquiet de ne pas avoir suffisamment le niveau pour arriver à ce que je voulais, je craignais ne pas réussir comme on attendait que je réussisse, je craignais décevoir. Les mathématiques me frustraient, je me suis toujours dit qu’elles étaient mon point faible et je les détestais pour cela, je me disais qu’il valait mieux que je fasse autre chose. Mais durant toute l’année, mon professeur m’a vu batailler avec les exercices pour les résoudre, et il m’a encouragé, il m’a poussé à ne pas abandonner, il m’a donné envie de continuer et il m’a fait aimé cette matière que je pensais n’était pas pour moi. J’ai fini par réussir suffisamment bien les épreuves du bac et avoir une note assez élevée pour être admis en classes préparatoires scientifiques, et continuer mon parcours pour devenir ingénieur. Si je le suis aujourd’hui, c’est en partie grâce à ses encouragements et à ses mots.

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